Dans l’émission de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, Mémoire Vives sur RCJ, Nathalie Zajde interwievée par Eve Szeftel présente l’ouvrage « Qui sont les enfants cachés? Penser avec les grands témoins » paru récemment aux éditions Odile Jacob

 

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Sommaire

Préface Nathalie Zajde et Jacques Fredj ……………………………… 9

Orphelins de la Shoah et enfants cachés Serge Klarsfeld ………………….. 13

Le Sauvetage des enfants juifs en France 1938-1955

Katy Hazan ………………………………………………………….. 25

Un refuge pour les enfants cachés : le Mémorial de la Shoah

François Heilbronn ……………………………………………….. 41

Une crypte dans l’âme Boris Cyrulnik ……………………………………………………… 57

Dieu envoie le remède avant la maladie. Soigner les enfants cachés 

Nathalie Zajde ……………………………………………………… 73

Enfants cachés : une marginalité assumée

Eliezer Ben- Rafael ………………………………………………… 89

Les autobiographies d’enfants cachés : réalité ou fiction ?

Adolphe Nysenholc …………………………………… 103

Lorsque l’enfant est une cible militaire Tobie Nathan ………………. 119

Problématiques actuelles de mineurs isolés étrangers accueillis en France

Catherine Grandsard ………………………. 131

Les cacher pour les sauver Liliane Klein- Lieber …………………………. 147

Aloumim Israël Lichtenstein ………………………………………………… 157

Chez eux Carole Zalberg  ……………………………………………………… 161

Les auteurs …………………………………………………………. 179

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Préface

Qui sont les « enfants cachés » ? Qu’ont-ils vécu ? Que sont-ils devenus ?

Un « enfant caché » est un sujet qui, dans son enfance, a été caché pendant la Shoah pour échapper à l’extermination. Il a généralement été séparé de ses parents. Il a souvent dû renoncer à son identité juive durant la période de persécution meurtrière. Au lendemain de la guerre, il s’est souvent retrouvé l’un des rares survivants de sa famille et a de nouveau dû changer d’identité.

Cette définition concerne aujourd’hui plusieurs dizaines de milliers de personnes, essentiellement en Israël, en Europe — surtout en France et en Belgique — en Amérique du sud et du nord et en Australie.

ColloqueOuverture

À lire une telle définition, on comprend qu’« Enfant caché » est une proposition hybride, qui renvoie à plusieurs champs des sciences humaines : histoire, psychologie, sociologie, droit, sciences politiques, psychiatrie et ethnopsychiatrie.

On parle d’ « enfants cachés » depuis la création des premières associations internationales d’enfants cachés, au début des années 1990. En France, on en a entendu parler depuis le discours du Président Jacques Chirac en Juillet 1995, reconnaissant la responsabilité de la France dans la déportation des juifs, suivi de la mise en place de la commission Mattéoli et de la commission Drai, invitant les ayant droit, les orphelins de la Shoah, les survivants, à établir des dossiers auprès de la CIVS, la commission d’indemnisation des victimes de spoliations. Ainsi, cette catégorie a émergé dans la sphère publique quelque 50 ans après les faits. Les « enfants cachés » sont en réalité des sujets largement adultes, aujourd’hui souvent grands-parents.

 

La notion d’enfant caché n’est pas une simple description, elle sous-tend une proposition. Elle suppose l’existence  d’un lien de causalité  entre la singularité de ce que l’enfant juif a vécu pendant la Shoah et son être devenu adulte. Reste à définir ce lien de causalité et le devenir de cet être.

ColloqueEnfantsCachés

Parce que la catégorie « enfant caché » a réussi à s’imposer au sein des sociétés où les anciens enfants cachés ont grandi ; des sociétés dans lesquelles la Shoah a été pensée et commentée régulièrement. Si les associations d’enfants cachés rassemblent plusieurs milliers d’individus, la notion concerne plusieurs dizaines de milliers. C’est pour cette raison qu’il nous est apparu nécessaire de réfléchir sur les implicites d’une telle notion et sur ses implications psychologiques, sociales, juridiques, politiques, géo-politiques et littéraires.

Quelles sont les conditions d’émergence d’une telle catégorie ? Quelle en est la pertinence ? Réveille-t-elle des souffrances enfouies ? Est-elle une assignation au statut de victime ? Ou, au contraire, peut–elle se révéler source de résilience ?  Est-elle à l’origine de réactions et de comportements sociaux spécifiques ? A-t-elle un avenir ? Enfin, peut-elle concerner d’autres populations que les seules victimes de la Shoah ?

CathIsraelBerthe

 

Nous avons débattu de ces questions avec des chercheurs en sciences humaines et sociales, des intellectuels, des politiques, des personnes engagées, grands témoins pour la plupart, anciens enfants cachés en France et en Belgique pendant la Seconde Guerre mondiale. Autrement dit, nous avons invité des scientifiques, des intellectuels à se mettre en risque, au sens où leur propos les engageait personnellement. Notons qu’il est rare qu’en sciences humaines, les penseurs acceptent de parler d’eux-mêmes. Il est en effet peu fréquent que des chercheurs consentent d’être à la fois sujet et objet d’un discours scientifique. C’est bien ce qui s’est produit lors du colloque organisé au Mémorial de la Shoah le 1er juillet 2012 intitulé « Qui sont les enfants cachés ? Penser avec les grands témoins »[1]. D’anciens enfants cachés ont présenté, devant un public largement concerné, leurs réflexions et leurs travaux portant sur la singularité de la notion. A cette occasion, ils se sont mis en risque à double titre : en tant que leur discours parlait d’eux, les impliquait directement et parce celui-ci était tenu au Mémorial de la Shoah — à l’occasion de l’exposition sur les enfants dans la Shoah — devant un auditoire essentiellement composé d’anciens enfants cachés, c’est-à-dire de personnes pouvant à juste titre se prétendre expertes, directement concernées. Parler de soi pour un scientifique est une chose difficile, a fortiori devant un parterre d’experts. C’est pourquoi nous tenons, à nouveau, à remercier l’ensemble des intervenants pour la qualité et l’authenticité de leur contribution, et leur rôle actif dans l’échange et la transmission du savoir sur la Shoah.

Tobie&BorisMémorial

Cet ouvrage réunit les textes des interventions, souvent complétés pour cette publication. L’ambition d’un tel ouvrage n’est pas de fixer une définition de l’enfant caché, mais de rendre compte des différentes facettes que recouvre la notion et surtout, de permettre au lecteur l’accès aux concepts de champs disciplinaires divers œuvrant à son élaboration.

 

Nathalie Zajde et Jacques Fredj

 

 

 

[1] Colloque international organisé conjointement par le Centre Georges Devereux et le Mémorial de la Shoah, coordonné par Pauline Dubuisson.

 

Nathalie Zajde et Jacques Fredj

 

 

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