France Culture présente, dans  l’émission d’Emmanuel Lorantin La Fabrique de l’Histoire un documentaire sonore de Perrine Kervran réalisé par Véronique Samouiloff, sur Les enfants cachés en France.

Perrine Kervran est partie sur les traces d’anciens enfants cachés juifs en France pendant la Shoah. Elle a parcouru avec eux leur histoire, les lieux où ils ont failli être arrêtés, d’où ils ont dû fuir, et les endroits où ils se sont cachés.

Les anciens enfants cachés ont raconté à Perrine Kervran les ruptures, les peurs, la dernière fois qu’ils ont vu leurs parents; ils lui ont parlé des nourrices, des délateurs mais aussi des justes parmi les nations, du réconfort,  de la découverte de la campagne, des paysans français, la culture française et du patois. Certains ont conservé jusqu’à ce jour un véritable attachement pour cette France profonde dont ils ignoraient tout jusqu’à la Shoah; d’autres ont détesté ces lieux associés à la séparation, l’angoisse, la perte de leur cadre culturel et la maltraitance.

Veronique Samouiloff France Culture

Rosette Wielblad, P. Kervran et V. Samouiloff, 108 rue de la Folie Mericourt à Paris. Rosette se souvient de la Rafle du Vel d’hiv.

108 rue de la Folie Mericourt à Paris, que Rosette quitta précipitamment et où elle ne reviendra plus jamais vivre

Métamorphoses de l’identité

Tous ont du changer d’identité, se faire passer pour un autre, un enfant chrétien, français, reniant sa foi, ses origines, sa filiation. Comment ont-ils vécu cette expérience difficile et singulière, c’est ce que Perrine Kervran a tenté de comprendre en retournant sur les lieux avec eux.

Liliane Klein Liber, totem: Luciole qui a caché de nombreux enfants juifs pour les Eclaireurs Israélites de France.

Ce qui est certain, c’est que ces survivants sont devenus entre 1939 et 1945 des enfants précocement politiquement concernés, dont la vie était intimement liée aux enjeux internationaux,  aux combats meurtriers que menaient des nations et des collectifs au nom de leurs idées et de leurs projets de société. Ces anciens enfants cachés ont très tôt acquis une conscience de leur identité, parce que justement il leur a fallu y renoncer. Et ils n’ont pas fait que renier leur identité, ils ont dû en acquérir une nouvelle. Ils ont été pénétrés, durant plusieurs années, d’une foi dont le dogme s’opposait clairement à celui de la foi de leurs ancêtres. Certains comme Shaul Friedlander sont même devenus des renégats, des sortes de « janissaires », des enfants au service d’une foi et d’une pensée ennemies de la foi juive, jusqu’à ce qu’ils apprennent,  au lendemain de la guerre, la terrible réalité du drame vécu par les leurs.  Comment vit-on une telle expérience? Comment un enfant traverse-t-il de telles métamorphoses de l’identité? Qui sont ces adultes qui ont été façonnés par ce vécu?  Qui sont les adultes qui les ont sauvés, qui les ont convoyés au risque de leur vie? C’est le thème de ce documentaire : la vie clandestine des enfants juifs cachés en France pendant la Shoah. Nathalie Zajde

Berthe Badehi à Lyon, où elle vécut avant de devoir se cacher en Savoie

 

Berthe Badehi raconte sa vie d’enfant juive, chez ses parents communistes, résistants, d’origine polonaise, élevée par sa grand-mère religieuse ne parlant que le yiddish, à Lyon, avant de devoir partir se cacher en Savoie chez Mme Massonat

Au Montcel en Savoie, Berthe Badehi dans son ancienne chambre, dans la maison de la famille Massonat, en présence du petit-fils Massonat.

Berthe Badehi, dans la sacristie de l’église du Montcel

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