Je suis né dans l’faubourg Saint-Denis… »

d’André Panczer, aux Éditions de l’officine, 2008.

André Panczer raconte son enfance, sa famille juive émigrée de Hongrie dans le Paris des années 1930. Les gâteaux de sa grand-mère, connue de tout le quartier « la championne toute catégorie pour la confection du strudel ». Le bonheur d’être ensemble, l’insouciance de l’enfance, sa vie de petit garçon aimé, dans une famille simple, chaleureuse, attentive. Il raconte la vie du quartier ; un coin de Paris peuplé d’artisans, de travailleurs, de gens simples et courageux, presque tout venus de l’Est. Des gens, avant tout heureux de vivre selon leur rythme, leurs valeurs, leurs loyautés, sans critique ni discrimination. La grand-mère qui ne parle que le yiddish, qui mange cacher et qui respecte les fêtes; les parents qui vont à la fête de l’huma; les enfants qui vont à l’école gratuite, laïque et obligatoire, et qui, après avoir fait leurs devoirs, descendent jouer dans le faubourg.

« En ce temps là, il faisait toujours beau l’été, le dimanche, nous allions par le métro, chargés de cabas de victuailles, de couvertures et de sièges pliants, au bois de Vincennes. Nous y retrouvions les oncles, les tantes, les cousins et les cousines, des amis de la famille et parfois des collègues de l’usine où travaillait Papa. Il y avait mon oncle Wolf Zajtlan et sa femme Chaja, leurs enfants Marie, Henri et Charlot. Venaient également le frère de papa, Eugène, sa femme Yolande et mes cousins Yvonne, Jacquot et Max. Parfois la sœur de papa, Sidonie, qu’on appelait Soby, son mari Willy Schorr, mes cousines Claire et Madeleine, et leurs frères Jacques et Joseph participaient à nos vacances dominicales. »p.19-20

Tous ces adultes juifs étaient persuadés que leurs enfants connaîtraient en France une réussite et un bien-être auxquels ils n’avaient pas eu droit dans le pays qu’ils avaient quitté.

Puis tout s’est effondré. Il a fallu rendre la T.S.F.

Reçu de la Famille Panczer du dépôt obligatoire de la T.S.F. au commissariat de police de la Porte St Denis

Il a fallu se séparer; il a fallu fuir. Il a fallu changer de milieu, de lieu de vie.

Preyssac, près de Cahors, en 1943, André est au dernier rang, le 1er à droite

Il a fallu se faire faire des faux papiers.  Les parents d’André deviennent des Français de souche, Mr Jacques Tanays et Mme Marie Louise Tanays, née Molinié.

Fausses cartes d’identité

André Panczer raconte son parcours d’enfant juif traqué, d’enfant caché pendant la Shoah en France ; sa traversée du pays, la séparation d’avec ses parents, son sauvetage miraculeux – à l’image d’une majorité des enfants juifs sauvés en France.

André, en 1943

Il relate son difficile et périlleux passage en Suisse, et l’accueil affectueux qu’il reçut de la part de ce couple de Protestants suisses, Oncle Henri et Tante Irma qui s’occupèrent de lui comme s’il avait été leur fils.

André, Roland et Willy Glatli à Hinwil en Suisse 1944

Hinwill, en Suisse, 1944. André est au 3ème rang, le 2ème à coté de sa maîtresse, Melle Hürlimann

André Panczer rentre à Paris en 1945. Il retrouve sa mère et son père. Son père décèdera peu de temps après, des suites de son internement en camp de travail.

« Voilà, la boucle est bouclée. Il manque toutefois des personnages à la fin de mon histoire. Grand-mère était morte 4 mois plus tôt. Papa allait suivre quelques mois plus tard. Oncle Wolf, sa femme, son fils Henri ainsi que Tante Sidoni, son mari et leurs quatre enfants : Claire, Madeleine, Joseph et Isaac qu’on appelait Jacques, ne reviendraient pas du camp de la mort d’Auschwitz-Birkenau ».p.64

En lisant le livre d’André Panczer, je me suis soudain demandée si écrire, publier sa vie d’enfant caché, ne serait-ce pas aussi – ne serait-ce pas surtout – inscrire les noms de ceux qui ne sont pas revenus. Car pour les enfants cachés qui ont survécu, pas un jour ne passe sans qu’ils ne regrettent l’absence de ceux qui auraient dû continuer à les accompagner tout au long de leur existence. Raconter sa propre vie est un digne moyen de redonner vie aux proches si brutalement disparus. NZ

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