Dora Weinberger-Weissmann honore un Juste à Lectoure

Cérémonie de remise de la médaille des Justes parmi les nations, à titre posthume à l’Archiprêtre Arthur-André Sentex, à la mairie de Lectoure (Gers) le 21 décembre 2010

Allocution de Dora Weinberger lors de la cérémonie

 » Pour ce qui nous concerne, ma famille et moi, mes parents, ma petite soeur Hilda, âgée alors de 8 ans et moi-même, âgée de 11 ans, nous nous sommes enfuis d’Angoulême, zone occupée, passant la ligne de démarcation cachés dans le réservoir  d’eau d’une locomotive, aidés par des cheminots français. Nous sommes arrivés à Lectoure, fin 1942.

Mon oncle, David Weissmann et sa famille y séjournaient déjà ainsi que nos amis, les familles Rubel, Judkowski et Wolf. Nous habitions Rue Dupouy, une petite maison sans eau courante, sans électricité, et sans toilettes, mais cette maison avait un grenier ; celui-ci a joué un rôle important. Un jour, deux gendarmes ont frappé à la porte, demandant à voir Israël Weissmann. Mon père, en entendant frapper à la porte, s’est caché dans le grenier qu’il avait aménagé en cachette. Ma mère leur a répondu que son mari n’était pas à la maison, qu’elle était seule avec ses deux petites filles. Les gendarmes lui ont dit qu’ils reviendraient le lendemain. Ils ne sont pas rentrés dans la maison, ils sont restés sur le pas de la porte, ajoutant seulement qu’une grande rafle se préparait. Puis, ils sont repartis. Les gendarmes ont obéi aux ordres reçus mais ont prévenu ma mère que mon père était sur la liste d’arrestation. Ce manque de zèle dans l’exécution des ordres a sauvé mon père. Le lendemain, je ne sais comment, mon père a été caché par un curé dans le clocher de l’église. Pendant huit jours, le soir en cachette, je lui apportais un peu de nourriture. Et c’est ainsi que mon père a échappé à la déportation

Durant toutes ces années, je repensais à ce sauvetage. Lectoure était toujours présente dans ma mémoire. Cependant, je ne me souvenais ni du nom de l’Abbé, ni du nom de l’église.

Ce n’est qu’en 2005, rendant visite à mes cousins serge et claude Biezunski et, suite à un travail de mémoire fait par des élèves d’une classe de troisième, à l’initiative de leur professeur, que j’ai fait la connaissance de Madame Geneviève Courtes. C’est le moment de remercier Madame Courtes, grâce à son enthousiasme, à nos longues conversations téléphoniques, à nos innombrables mails, elle a réussi à retrouver les traces de l’Archiprêtre Sentex, et sa famille et différents témoins juifs.

Je vous présente donc, chère Madame Courtes, toutes ma sincère gratitutude. Je voudrais aussi rendre hommage ici à ces deux gendarmes anonymes qui, tout en faisant leur devoir, ont eux aussi sauvé mon père.

Hillel l’Ancien, disait « Là où il n’y a pas d’homme, tu tâcheras toi, d’être un homme». Mishna, traité Avot, II, 6.

Les gendarmes, l’Archiprêtre Sentex, les 3000 justes de France on été chacun un « homme » dans le vrai sens du terme. »

Dora Weinberger-Weissmann 

Cérémonie de remise de la médaille des Justes parmi les nations à l’Archiprêtre Sentex à titre posthume, le 21 décembre 2010, à la mairie de Lectoure, en présence de responsables politiques et religieux, de survivants et des membres de leurs familles, du représentant de Yad Vashem; la médaille fut remise à Monsieur Mazeix, neveu de l’Archiprêtre et de sa famille.

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