LA MÉMOIRE DÉVERROUILLÉE – Histoire d’un enfant caché 1943-1945

de Pierre Draï aux Éditions Gaussen

« Le récit de Pierre Draï est plus bouleversant encore que son auteur ne le pensait lui-même. Il retrace et exprime comme peu d’ouvrages y sont parvenu, les conséquences irréparables de la perte des parents et la difficulté pour un orphelin de la déportation de construire sa vie d’enfant dans l’immédiat après-guerre. »

Serge Klarsfeld

C’est en 2007, en remplissant un dossier d’indemnisation prouvant que j’avais été un enfant caché, que,  pour la première fois, je me pose la question et je  prends conscience  que je  n’avais jamais connu, ni  jamais su comment j’avais  pu survivre à la guerre alors que je  n’ai que 3 ans lorsque je  perds  mes parents. J’entame dès lors une patiente mais douloureuse enquête qui m’amènera à déverrouiller ma mémoire.

Mr&Mme Draï et leurs deux aînés 1928

L’arrestation de ma Mère et trois de mes Frères en Août 1943 à Paris dans le 18° arrondissement.  Plus tard en Mars 1944, celle de mon Père sur son lieu de travail à Nogent l’Artaud dans l’Aisne où il se cachait. L’espoir et l’attente de leur éventuel  retour qui me mine. Ma maladie qui empire. J’ai la tuberculose.

Je suis à l’Hôpital Bichat lorsque des pasteurs viennent me chercher et je me retrouve dans l’Aube, au foyer du Nid Fleuri où se trouve aussi mon Frère Paulo et ma sœur Nelly qui sont aussi cachés et qui ont été sauvés. Je m’accroche à eux.

Au foyer du Nid fleuri 1944

Mais malgré  tous les efforts des pasteurs, la maladie empire et je dois retourner dans un sanatorium jusqu’à la fin de la guerre.

Enfin guéri, je suis envoyé ensuite dans diverses institutions. Tout d’abord  à  Saint-Ouen-l’Aumône , au Château de Maubuisson appartenant à Mme la Baronne Noémie de Rothschild où je retrouve mon frère Paulo. Pas pour longtemps car il entame sa vie professionnelle dès ses 14 ans.

Ma sœur est envoyée d’abord à Neuilly dans une maison de l’O.S.E appartenant à la Baronne de Rothschild, puis à Fontainebleau. Je ne les retrouverai que 14 ans plus tard.

Entre temps je suis placé dans un centre d’observation à Vitry pendant 9 mois, puis encore un autre établissement dans les Alpes, près de Grenoble : La République d’Enfants de Moulin Vieux. C’est pour moi un renouveau. Une nouvelle vie. Une famille. Je revis une deuxième fois. Je suis considéré. Je ne suis plus un numéro. Ce numéro 5 qui me hante encore. JE SUIS PIERROT. Pour la première fois, on me fête mon anniversaire. J’ai 13 ans.  J’existe !

De mauvais garçon, méchant, hargneux, chapardeur, rouspéteur, je deviens obéissant, serviable, gentil, responsable. Je vis la collectivité, pour la collectivité ; j’anime la collectivité. Je deviens moniteur, puis administrateur de cette institution et je le suis encore actuellement.

Pourquoi ai-je écrit ce livre ?  Je ne l’ai pas prémédité. Ce sont les événements, les documents que je trouvais, que l’on me donnait, mes rencontres, puis surtout ce témoignage qu’il m’a fallu faire pour pouvoir honorer ceux qui nous avaient sauvés et cachés, ma sœur, mon frère et moi, au risque de leur propre vie.

Monsieur et Madame Funé et Jeanne, leur fille de 14 ans à l’époque, qui s’est tout particulièrement occupée de protéger ma sœur et mon frère.

le Pasteur Funé

 Je l’ai retrouvée au Collet de Dèze, en Lozère avec son mari Jean. La Médaille des Justes Parmi les Nations lui a été remise ainsi qu’à ses parents à titre posthume.Puis la Médaille de la Légion d’Honneur à Albertville en Savoie le 18 juin 2011, où elle demeure maintenant.

Ce livre est mon devoir de mémoire. Pour ne pas oublier. J’ai voulu écrire mes sentiments et surtout mes ressentiments d’avoir été et d’être resté différent. De faire connaître ce que fût pour moi ce  manque d’amour familial, de tendresse maternelle, de protection paternelle.

Ma mère

Cette rage de ne pas les avoir connus. D’être seul.

Mon père

J’ai écrit ce livre pour les miens. Ma sœur et  mon frère  qui ne connaissaient pas mon histoire. Qui ont aussi éteint leur mémoire. Pour faire connaître à mes nièces ce que fût la vie de leurs parents après la  guerre. J’ai écrit ce livre pour celle qui partage ma vie depuis plus de 40 ans. Elle qui m’a donné son fils que je chéris. Elle qui à été à mes côtés, elle qui a su calmer mes émotions trop grandes lors de cette écriture. Je croyais n’être qu’un pauvre orphelin, alors que grâce à ce livre,  j’ai retrouvé, un peu tard peut-être,  une grande famille que je ne connaissais pas. Ce livre m’a permis de retrouver de nombreux cousins de par le monde. En France bien sûr, mais aussi au Maroc et en Israël. Je pense à mes amis du site internet « Paroles d’Etoiles » qui ont laissé leurs témoignages poignants et émouvants. Mon livre est pour eux.

Pierre Draï

Journées de la Mémoire au Centre Communautaires de Paris, le 14 mai 2012

Publicités