Dans La Croix du 14 mars 2012

un article de MARIE AUFFRET-PERICONE

à propos du livre LES ENFANTS CACHÉS EN FRANCE de Nathalie Zajde — Odile Jacob, 254 p., 21,90 €

Ils ont dû changer de noms et de prénoms,

souvent appris à faire le signede la croix et à réciter « Je vous salue Marie ». La guerre finie, ils ont – parfois – retrouvé leurs parents ou des membres de leur famille. On leur a alors demande de changer une nouvelle fois de nom et de religion. Mais pour ces enfants, la question de l’identité n’a jamais cessé dè se poser, comme nous le montre la lumineuse Nathalie Zajde, auteur des Enfants caches en France, qui vient de paraître aux Éditions Odile Jacob. Quelle stratégie ces enfa n t s ont-ils été contraints d’adopter, en réponse à l’obligation paradoxale qu’ils devaient respecter au péril de leur vie : « Ne sois plus toi,  si tu veux être. Ne sois plus juif, si tu veux rester en vie » ? Pendant longtemps,   » – on ne s’intéressa guère aux

souffrances de ces enfants cachés : les Juifs qui avaient survécu sans être déportés n’étaient pas considérés comme victimes de traumatismes.  L’auteur, dans son ouvrage, brosse le portrait de ces enfants anonymes qui sont parfois devenus célèbres à travers des récits de vie d’une grande force émotionnelle. Boris Cyrulnik, Serge Klarsfeld, André Glucksmann, Saul Friedlànder… « Ils ont tous développé une intelligence du monde, un amour de la vie, comme s’ils voulaient prouver que la mort avait eu raison de les épargner », explique la psychologue, maître de conférence en psychologie à l’université Paris VIII.

Marie Auffret-Pericone

Comme s’ils devaient chaque jour répondre à la question « Pourquoi ai-je survécu ? ». Dans le livre de Nathalie Zajde, ces histoires de destins tragiques et extraordinaires se superposent à la grande Histoire. Aujourd’hui, près de 20 DOO anciens enfants cachés vivent encore en France – l’auteur continue à recueillir leurs témoignages sur son blog -, sauvés par des réseaux et des familles qui cachèrent 60 000 d’entre eux. « La France est le pays d’Europe qui sauva le plus grand nombre d’enfants juifs », observe Nathalie Zajde. Des enfants qui en grandissant ont souvent tu leurs cauchemars, phobies de séparations, de halls des gares, leurs angoisses profondes et rages enfouies qu’ils partageaient et avaient la même cause. Et qu’ils ont parfois transmis à leurs propres enfants. Comme le dit Boris Cyrulnik, « la fin de la guerre ne fut pas la fin du problème ».


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