Conséquences psychologiques du vécu de persécution antisémite chez les enfants juifs cachés en France pendant la Seconde Guerre mondiale

par Nathalie Zajde

Texte paru dans le Bulletin du Centre de recherche français à Jérusalem

Les données présentées dans cet article sont issues du travail clinique et de recherche auprès des survivants et descendants de victimes de la Shoah, mené depuis une quinzaine d’années par l’équipe d’ethnopsychiatrie du Centre Georges Devereux de l’Université de Paris 8 Saint-Denis.

I. Qu’est-ce qu’un traumatisme ?

Le traumatisme psychique renvoie à deux réalités : il s’agit à la fois d’un événement objectif et d’un état psychopathologique.

En psychologie, on désigne généralement par « traumatisme » un événement de vie laissant trace, à l’exemple d’une atteinte corporelle ne parvenant pas à cicatriser. C’est pourquoi, il arrive que l’on décrive le traumatisme comme un processus détruisant l’équilibre, la configuration psychique préexistante, sans parvenir à donner lieu à un nouvel agencement. Les événements traumatiques le plus souvent répertoriés sont : le traumatisme sexuel vécu dans l’enfance, les névroses de guerre, les névroses traumatiques consécutives à un accident de la route, du travail ou même domestique, le viol, les catastrophes naturelles et les attentats. Entendu en ce sens, le traumatisme peut être considéré comme un agent de destruction de la psyché, par conséquent le seul agent dont on peut dire qu’il la modifie infailliblement 1.

Un événement traumatique est un événement de nature insensé qui plonge le sujet dans un doute permanent, qui le fige à un moment donné de sa vie et qui souvent réduit considérablement le champ de ses intérêts ainsi que ses capacités créatrices et intellectuelles.

Le traumatisme advient car il se passe quelque chose de terrifiant et d’inconcevable (un attentat, un viol, un kidnapping, une catastrophe naturelle, un accident mortel…), qui menace la vie de la personne et la plonge simultanément dans l’incapacité de comprendre pourquoi ou comment cet événement est advenu. Le sujet traumatisé peut avoir l’impression que sa vie va s’arrêter, qu’il ne survivra pas à l’événement.

En outre, le sujet se trouve totalement démuni, incapable de rendre compte de ce qui lui arrive ; comme s’il était dépossédé de ses capacités intellectuelles, comme si le monde humain, fait de paroles et d’échanges, avait d’un seul coup été englouti.

…/…

Lire la suite de l’article ici <—

__________________________________________________________________

1  N. Zajde, « Le traumatisme », in Nathan, Blanchet, Ionescu et Zajde, Psychothérapies, Paris, Odile Jacob, 1998, pp. 223-224.

Publicités